Citations pessimistes de quelques auteurs illustres

Ces citations ont quelque chose de schopenhauerien.

« Nous sommes des victimes condamnés toutes à la mort ; nous ressemblons aux moutons qui bêlent, qui bondissent en attendant qu’on les égorge. Leur grand avantage sur nous est qu’ils ne se doutent pas qu’ils seront égorgés, et que nous le savons. » Voltaire

« Il n’y a que violence dans l’univers ; mais nous sommes gâtés par la philosophie moderne, qui a dit tout est bien, tandis que le mal a tout souillé, et que dans un sens très vrai tout est mal, puisque rien n’est à sa place » J. de Maistre

« La mort est bonne, cependant il vaudrait mieux encore n’être jamais né » (Heine, Le livre de Lazare)
« Il faut pleurer les hommes à leur naissance et non pas à leur mort » Montesquieu, Lettres persanes, XL.

« Mes yeux ont pénétré la structure du monde, et j’ai trop regardé, et beaucoup trop profondément, et d’éternels tourments ont envahi mon cœur. Je regarde à travers les dures écorces de pierre des maisons des hommes et des cœurs des hommes, et je n’y vois que mensonge, et tromperie, et misère ; sur les visages, je lis les pensées, beaucoup de mauvaises pensées. Dans la rougeur pudique de la vierge je vois frissonner l’ardeur d’un secret désir. Sur la tête superbe du jeune homme enthousiaste je vois plantée la coiffure à grelots. Je n’aperçois sur cette terre que figures grimaçantes, qu’ombres malades, et je ne saurais décider si elle est une maison de fous, ou bien un hôpital. » Henri Heine

« Que chacun pense et agisse à sa guise, la mort ne manquera pas d’en faire autant. » Giacomo Leopardi

« Je me livre tout entier à la joie barbare et frémissante du désespoir » Giacomo Leopardi

« Tout est mal, je veux dire que tout ce qui est, est mal ; l’existence est un mal ; elle est soumise au mal ; la fin de l’univers est le mal ; l’ordre, l’état, les lois, la marche naturelle de l’univers ne sont que mal et ne tendent à rien d’autre qu’au mal. Il n’est d’autre bien que le non-être, il n’y a de bon que ce qui n’est pas, que les choses qui ne sont pas des choses ; toutes les choses sont mauvaises » Giacomo Leopardi, La théorie du plaisir.

« Ainsi, pour être contraire à la nature, le suicide, qui nous libère des malheurs engendrés par la corruption, n’est-il aucunement blâmable ; il ne fait qu’apporter à des maux non naturels un remède parfaitement adapté. » G. Leopardi

« Je suis mûr pour la mort, et il me paraît trop absurde, alors que je suis mort spirituellement, et que la fable de l’existence est achevée pour moi, de devoir durer encore quarante ou cinquante ans, comme m’en menace la nature. » G. Leopardi, Petites œuvres morales.

« La pensée du suicide est une puissante consolation; elle aide à passer plus d'une mauvaise nuit. » Nietzsche

« Mon âme préfère la strangulation et la mort à ma vie. Je l’ai en dégoût. Je ne voudrais pas vivre toujours ! »  Thomas Hardy (Écho de job 7 : 15-16.)

« La beauté ne résidait pas dans la chose elle-même, mais dans ce que cette chose symbolisait » Th. Hardy

« Ici-bas, peine et chagrin nous souffrons.
Nous ne rencontrons que pour nous séparer »
(L’attente du ciel, 1832, cité par Th. Hardy dans Tess d’Uberville)

« Nous arrivons non pas dans l’obscurité complète
Mais traînant derrière nous des nuages nimbés de clarté. »
(William Wordsworth, Ode : Pressentiments d’immortalité, 1807.)

« La naissance elle-même était une épreuve dégradante, pure contrainte dont rien par la suite ne semblait justifier l’arbitraire et que la vie pouvait tout au plus pallier » Th. Hardy

« Nous ne regardons pas la vie comme tellement désirable, qu’il faille la conserver malgré tout. Quel que tu sois, tu mourras de la même façon, que tu aies vécu dépravé ou criminel. C’est pourquoi chacun doit posséder tout d’abord ces pensées parmi les remèdes de son âme : « De tous les biens que la nature a accordés à l’homme, nul ne l’emporte sur une mort prématurée ; et ce qu’il y a d’excellent en celle-ci, c’est que chacun peut se la procurer à soi-même ». (Pline l’Ancien, Histoire naturelle (livre XXVIII, chap. I)

« Et l'homme ne détestant rien tant que l'ennui, il se plait toujours à voir du nouveau, si laid soit-il. » (G. Parini 1729-1799)

« La masse de perdition engendre à perdre haleine, afin d'être innombrable et de fournir sans lassitude une légion de victimes… » Albert  Caraco.

« Qu’est-ce que les gens ne font pas par ennui ! Ils font des études par ennui, ils prient par ennui, ils s’aiment par ennui, se marient et procréent par ennui, et finalement meurent par ennui ». Georg Büchner (1813-1837) Léonce et Léna

« Tout nouveau-né est pour moi un malheureux de plus, comme tout mort un de moins. C'est chez moi une réaction mécanique. Condoléances pour la naissance, félicitations pour la mort… » Cioran.

« Il nous répugne, c'est certain de traiter la naissance de fléau : ne nous a-t-on pas inculqué qu'elle était le souverain bien, que le pire se situait à la fin et non au début de notre carrière. Le mal, le vrai mal est pourtant derrière, non devant nous. C'est ce qui a échappé au Christ, c'est ce qu'a saisi le Bouddha… avant la vieillesse et la mort, il place le fait de naître, source de toutes les infirmités et de tous les désastres… » Cioran, De l'inconvénient d'être né.

« Depuis toujours, tous les hommes ont vécu en vain, et sont morts en vain. La grande erreur, c'est donc bien la naissance… » Cioran

« La seule chose que je me flatte d'avoir compris très tôt, avant ma vingtième année, c'est qu'il ne fallait pas engendrer. Mon horreur du mariage, de la famille et de toutes les conventions sociales vient de là. C'est un crime de transmettre ses propres tares à une progéniture, et l'obliger ainsi à passer par les mêmes épreuves que vous, par un calvaire peut-être pire que le vôtre. Donner la vie à quelqu'un qui hériterait de mes malheurs et de mes maux, je n'ai jamais pu y consentir. Les parents sont tous des irresponsables ou des assassins. » Cioran

«  Ces enfants dont je n'ai pas voulu, s'ils savaient le bonheur qu'ils me doivent. » Cioran, Aveux et Anathèmes.

« La feuille jaunie de l’arbre n’est pas plus responsable de son état que le malfaiteur dans la société ». Khalil Gibran

« Devant le téléphone, la voiture, devant le moindre instrument, j'éprouve un insurmontable mouvement de dégoût et d'horreur. Tout ce qu'a produit le génie technique m'inspire une terreur presque sacrée. Sentiment d'inappartenance totale devant tous les symboles du monde moderne… »   Cioran 

« Tout ce que l'homme fait m'apparaît artificiel et inutile… Quelle absurdité que ce singe qui va au bureau ! Se confiner dans une chambre, se mettre à sa table de travail, y rester pendant des heures, non, la dernière des bêtes est plus près de la vérité que l'homme… » Cioran, Cahiers.

« Dans l’échelle des créatures il n’y a que l’homme pour inspirer un dégoût soutenu… »  Cioran, Précis de décomposition.

« Je m’ennui de la vie ; l’ennui m’a toujours dévoré : ce qui intéresse les autres ne me touche point. Pasteur ou roi, qu’aurais-je fait de ma houlette ou de ma couronne ? Je serais également fatigué de la gloire et du génie, du travail et du loisir, de la prospérité et de l’infortune. En Europe, en Amérique, la société et la nature m’ont lassé. Je suis vertueux sans plaisir ; si j’étais criminel, je le serais sans remords. Je voulais n’être pas né ou être à jamais oublié » Chateaubriand, Les Natchez, 1892, p. 352

 « Vivre est une maladie, dont le sommeil nous soulage toutes les seize heures ; c'est un palliatif : la mort est le remède. » Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort (1740-1794)