Hans Baldung, La Jeune Fille et la Mort. Peinture à l'huile (1517) de Hans Baldung. (Kunstmuseum, Bâle.)

La vie vie et la mort

« La vie ne se présente nullement comme un cadeau dont nous n'avons qu'à jouir, mais bien comme un devoir, une tâche dont il faut s'acquitter à force de travail ; de là, dans les grandes et petites choses, une misère générale, un labeur sans repos, une concurrence sans trêve, un combat de toutes les forces du corps et de l'esprit. Des millions d'hommes, réunis en nations, concourent au bien public, chaque individu agissant ainsi dans l'intérêt de son propre bien ; mais des milliers de victimes tombent pour le salut commun. Tantôt des préjugés insensés, tantôt une politique subtile excitent les peuples à la guerre ; il faut que la sueur et le sang de la grande foule coulent en abondance pour mener à bonne fin les fantaisies de quelques-uns, ou expier leurs fautes. En temps de paix, l'industrie et le commerce prospèrent, les inventions font merveille, les vaisseaux sillonnent les mers et rapportent des friandises de tous les coins du monde, les vagues engloutissent des milliers d'hommes. Tout est en mouvement, les uns méditent, les autres agissent, le tumulte est indescriptible. Mais le dernier but de tant d'efforts, quel est-il ? Maintenir pendant un court espace de temps des êtres éphémères et tourmentés, les maintenir au cas le plus favorable dans une misère supportable et une absence de douleur relative que guette aussitôt l'ennui ; puis la reproduction de cette race et le renouvellement de son train habituel. » (Douleurs du monde, Trad. A. Burdeau, Ed. Rivages)

Détresse de la vie

« A dix-sept ans, alors que je n’avais reçu qu’une formation scolaire des plus médiocres, je fus saisi par la détresse de la vie, comme le fut Bouddha dans sa jeunesse lorsqu’il découvrit l’existence de la maladie, de la vieillesse et de la mort » (Cahiers manuscrits)

« Rien n’est fixe dans la vie passagère, ni douleur infinie, ni joie éternelle, ni impression permanente, ni enthousiasme durable, ni décision importante qui tiendrait pour la vie. Tout se dissout dans le courant du temps, les minutes, les innombrables atomes des plus infimes fragments sont les vers rongeurs qui dévaste tout ce qu’il y a de grand et de hardi. On ne prend rien au sérieux dans la vie humaine parce que la poussière n’en vaut pas la peine. Pourquoi des passions durerait-elles éternellement pour ces misères ». (Arthur, dans une lettre à sa mère Johanna)

La mort

« C'est la connaissance de la mort, la considération de la souffrance et de la misère de la vie, qui donnent l'impulsion la plus forte à la pensée philosophique et aux interprétations métaphysiques du monde. »
« La vie est une mer pleine d'écueils et de tourbillons que l'homme n'évite qu'à force de prudence et de soucis, bien qu'il sache que s'il réussit à y échapper par son habileté et par ses efforts, il ne peut pourtant, à mesure qu'il avance, retarder le grand, le total, l'inévitable, l'incurable naufrage, la mort qui semble courir au-devant de lui: c'est là le but suprême de cette laborieuse navigation, pour lui infiniment pire que tous les écueils auxquels il a échappé. » (Le monde comme volonté et comme représentation, Trad. A. Burdeau, Ed. PUF)

« La vie n'est qu'un combat perpétuel pour l'existence même, avec la certitude d'être enfin vaincus. Et ce qui leur [les hommes] fait endurer cette lutte avec ses angoisses, ce n'est pas tant l'amour de la vie, que la peur de la mort, qui pourtant est là dans l'ombre, prête à paraître à tout instant." (Le monde comme volonté et comme représentation)
« La vie de l’homme n’est qu’une lutte pour l’existence avec la certitude d’être vaincu »
« Chaque souffle repousse la mort qui nous pénètre constamment, ainsi nous luttons à chaque instant avec la mort: dans des laps de temps plus grands nous luttons avec la mort par chaque repas, chaque sommeil, chaque réchauffement, etc. Car, par la naissance, nous sommes directement voués à elle et toute notre vie n'est rien qu'une remise à plus tard de la mort » (Schopenhauer, cahiers manuscrits)