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Heinrich Floris Schopenhauer et Arthur Schopenhauer

Arthur et son père

Schopenhauer admirait son père, mort prématurément après avoir souffert dans la solitude. Dans son curriculum Vitae de candidature au poste de professeur à l’université de Berlin, le philosophe écrit à propos de son « excellent père » :

« Mon excellent père était un banquier assez riche, et même membre du Conseil aulique du roi de Pologne, bien qu’il n’ait jamais souffert d’en porter le titre. C’était un homme pénétrant et le plus intègre, le plus honnête, d’une foi incorruptible, doué d’une remarquable perspicacité pour les affaires. Tout ce que je dois à un tel homme, je peux à peine l’exprimer en paroles. Cependant la voie à laquelle il me destinait, bien qu’elle lui parût la meilleure, ne convenait pas à mes dispositions naturelles. Néanmoins, le fait que j’aie été de bonne heure nourrit de bonnes disciplines, qu’ensuite j’aie eu la liberté, le loisir de poursuivre toutes ces études pour lesquelles seules j’étais né, ainsi qu’un esprit désireux d’apprendre, le fait qu’enfin par la suite, dans un âge plus mûr, j’aie eu toutes les commodités (dont jouissent bien peu de gens de ma condition et de mon naturel), c’est-à-dire un libre loisir et une parfaite absence de tous soucis, par quoi j’ai pu après bien des années d’études bien étrangères à mon propos, me livrer uniquement à mes recherches et à mes méditations plus abstraites, sans être distrait ou perturbé dans mes écrits - tout cela je le dois uniquement à cet homme.

« Aucun césar ne nous a fait ces loisirs »

C’est pourquoi, tant que je vivrai, je me rappellerai toujours les bienfaits et les indicibles services que m’a rendus cet excellent père, et je tiendrai pour sainte sa mémoire.»

 

En 1928 Schopenhauer rédige la première esquisse d’une dédicace à son père qu’il allait ajouter à la deuxième édition du Monde. Mais cette dédicace ne sera jamais publiée. En voici un extrait (cité par Safranski, Schopenhauer et les années folles de la philosophie, PUF, 1990) :

 « Noble, excellent esprit ! à qui je dois tout ce que je suis et accomplis. Ta prévoyance efficace m'a protégé et m'a porté, non seulement à travers l’enfance sans défense et la jeunesse insouciante, mais également dans l'âge adulte et jusqu'au jour présent. Car, en mettant au monde un fils tel que moi, tu faisais en même temps en sorte qu'il puisse vivre et se développer dans un monde comme celui-ci. Tu as songé au cas où il pourrait ne pas être fait pour labourer la terre [...] et tu sembles avoir prévu que ton fils, toi fier républicain, pourrait ne pas avoir le talent [...] de ramper devant des ministres et des conseillers d'Etat pour quémander bassement un morceau de pain à gagner durement on pour flatter la médiocrité plastronnante et pour suivre l'escorte courtisane des charlatans [...] C'est pourquoi je te dédicace mon œuvre qui n'a pu naître qu'à l'ombre de ta protection et qui, dans cette mesure, est aussi ton œuvre [...] Et je veux que tous ceux qui trouvent dans mon œuvre quelque joie, quelque consolation ou quelque enseignement, entendent ton nom et sachent que si H. F. S. [Heinrich Floris Schopenhauer] n'avait pas été l'homme qu'il fut, A. S. [Arthur Schopenhauer] aurait cent fois péri [...] »

(voir aussi: Arthur et sa mère)