Schopenhauer et ses amours

A 21 ans, alors qu'il est étudiant à Gotha, Arthur Schopenhauer brûle d'un amour passionné pour Caroline Jagemann, actrice de théâtre et maîtresse du duc Charles-Auguste. Le jeune Arthur déclare alors à sa mère : « J'épouserais cette femme, même si je la trouverais au bord d'une route entrain de casser des pierres ». Mais Jagemann sera vite anonblie par le duc, ce qui ne laisse aucune chance au jeune Arthur. Pour la première et dernière fois, Schopenhauer s'essaie au troubadour en dédiant à Caroline Jagemann ce poème d'amour, qui ne provoquera aucune réaction chez la jeune femme :

Le chœur parcourt les ruelles
Nous nous trouvons devant ta maison
Mon mal se changerait en joie
Si tu regardais par la fenêtre

Le chœur chante dans la ruelle
Les pieds dans l'eau et dans la neige
Enveloppé dans un manteau léger
Je regarde vers ta fenêtre

Le soleil est caché par les nuages
Mais la lueur de tes yeux
Me remplit dans cette froide matinée
D'une chaleur divine

Ta fenêtre est cachée par le rideau
Tu rêves sur un coussin de soie
Du bonheur d'un amour futur
Connais-tu le jeu du destin ?

Le chœur parcourt les ruelles
C'est en vain que mon regard reste
Le rideau cache le soleil
Ma destinée est obscurcie par les nuages

N’ayant aucune chance de conquérir le coeur de Caroline Jagemann, Schopenhauer se rabattra sur une autre actrice du nom de Caroline Medon.  A partir de 1821 le philosophe entretient une liaison secrète avec Caroline Medon qui, à l’époque,  jouait les seconds rôles d’amoureuse dans les théâtres du faubourg berlinois et entretenait des relations avec plusieurs amants. Sa beauté et le milieu très libre du théâtre le lui permettaient. Schopenhauer, spectateur assidu, s’était enflammé malgré de telles conditions, mais devait ensuite toujours lutter contre un certain sentiment de jalousie.

En mai 1822 dix mois après le départ de Schopenhauer pour un second voyage en Italie, Caroline mit un au monde un enfant d’un autre homme, ce qui a été un coup dur pour le philosophe. Arthur qui gardera de l’affection pour Caroline jusqu’à la fin de sa vie - il la couchera même sur son testament -, en voulut toujours à cet enfant de la trahison. En 1831 Schopenhauer souhaite quitter Berlin avec Caroline, le projet échouera à cause de son refus d’emmener le fils de Caroline comme elle l’aurait souhaité. Schopenhauer déménagera seul à Francfort, déçu et vexé.