Rapport conflictuel entre Arthur et sa mère

Les nombreuses diatribes de Schopenhauer contre les femmes ont beaucoup faits pour sa mauvaise réputation. Dans ses Parerga & Paralipomena, Il a rédigé un chapitre sur les femmes (Essai sur les femmes) dans lequel il les traite de « puériles », « futiles » et « bornées » ; elles ne sont qu’une « sorte d’intermédiaire entre l’enfant et l’homme ». Selon Schopenhauer la femme est dépensière, traître et injuste.

Ce flot d’injures misogynes est un règlement de compte avec sa propre mère Johanna. Il la rendra responsable du suicide de son père et lui en voudra jusqu’à la mort. De longues années après la mort de son père, voici comment Arthur Schopenhauer relate les faits : « Lorsque mon propre père infirme et misérable se trouva cloué dans un fauteuil de malade, il eut été abandonné à lui-même si un vieux serviteur n’avait rempli auprès de lui les devoirs de charité que madame ma mère ne remplissait pas. Madame ma mère donnait des soirées tandis qu’il s’éteignait dans la solitude, elle s’amusait tandis qu’il se débattait dans d’intolérables souffrances. »

Le train de vie dépensière de Johanna, qui organise tous les soirs des soirées mondaines, ne manque pas d’agacer Schopenhauer qui voit dans cette attitude la dilapidation de l’héritage paternel. Arthur reproche à sa mère de mettre la main sur sa part de fortune héritée. Même l’argent qu’il a mis de côté pour secourir sa grand mère aurait été dépensé par Johanna.

De plus, les différences de caractère entre Johanna et son fils ne faciliteront pas les choses. Elle reproche à Schopenhauer son caractère grincheux et son « humeur chagrine » qui consiste systématiquement à tout contredire. Toutes les occasions sont bonnes pour les disputes. Johanna, prenant entre ses mains la thèse de doctorat de son fils, De la Quadruple Racine du principe de raison suffisante, déclare : « C’est un machin pour les pharmaciens ». Ce à quoi le philosophe répond  : « On lira ces œuvres lorsqu’on pourra à peine trouver l’une des tiennes dans un débarras ! ».
Johanna Schopenhauer était une romancière célèbre, une femme libre qui n’hésitait pas à faire le récit de ses conquêtes amoureuses. Après la mort de son mari, le riche banquier Floris Schopenhauer, elle a hébergé chez elle un de ses amants Georg Von Gerstenbergk, ce qui a occasionné de violentes disputes avec son fils.

Ne pouvant plus se supporter l’un l’autre, mère et fils ne se communiquent, à un certain moment, que par lettre interposée. Après une ultime dispute qui marquera la rupture définitive, Johanna écrit à Arthur : « La porte que tu as claqué si bruyamment après t’être conduit d’une façon très inconvenante avec ta mère, cette porte s’est fermée pour toujours entre moi et toi. Je suis lasse de continuer à supporter ta conduite, je vais à la campagne et je ne rentrerai pas avant de savoir que tu es parti. » Ainsi Schopenhauer quitte la maison de sa mère et ne la reverra plus jamais.

En 1838 Johanna meurt en prenant bien soin de déshériter Arthur, ce qui ne fera qu’aggraver l’image que le philosophe gardera de sa mère.

Quelques années plus tard Nietzche écrira à juste titre que « chacun porte en soi une image de la femme tirée d’après sa mère, c’est par là qu’il est déterminé à respecter les femmes en général ou à les mépriser ou à être totalement indifférent à leur égard ».

(voir aussi: Les malentendus)